💿 Stockage : HDD & SSD

Bloc 1 Module 1.2 BTS SIO SISR
FormationBTS SIO option SISR — IRIS Mediaschool
BlocB1 — Infrastructure & Réseaux
ModuleM1.2 — Architecture Matérielle
PrérequisC1.2.3 — La Carte Mère

🎯 Objectifs

  • Comprendre le fonctionnement mécanique d'un disque dur (HDD)
  • Comprendre le fonctionnement d'un SSD (mémoire NAND Flash)
  • Connaître les interfaces de connexion (SATA, M.2, NVMe, SAS)
  • Comparer les performances HDD vs SSD
  • Maîtriser les niveaux RAID et leur usage en contexte serveur
  • Connaître les systèmes de fichiers principaux et le partitionnement
  • Comprendre les architectures de stockage réseau (DAS, NAS, SAN)

📖 Introduction au stockage

Mémoire de masse vs mémoire vive

Contrairement à la RAM qui est volatile (les données disparaissent à l'extinction), le stockage est une mémoire de masse persistante : les données sont conservées même sans alimentation électrique. Le stockage constitue la couche la plus basse de la hiérarchie mémoire en termes de vitesse, mais la plus haute en termes de capacité.

Hiérarchie mémoire

NiveauTypeCapacité typiqueLatencePersistance
1Registres CPUquelques Ko< 1 nsNon
2Cache L1/L2/L34-64 Mo1-10 nsNon
3RAM (DDR)8-128 Go50-100 nsNon
4SSD NVMe250 Go - 8 To10-50 µsOui
5SSD SATA120 Go - 4 To50-100 µsOui
6HDD500 Go - 20 To5-15 msOui
7Bande magnétique (LTO)6-18 TosecondesOui

📖 Le disque dur mécanique (HDD)

Fonctionnement

Le HDD (Hard Disk Drive) est un dispositif de stockage magnétique. Il est composé de :

  • Plateaux (platters) : disques en verre ou aluminium recouverts d'une couche magnétique. Les données sont stockées sous forme de variations magnétiques.
  • Têtes de lecture/écriture : montées sur un bras mobile (actuator), elles survolent le plateau à quelques nanomètres sans le toucher.
  • Moteur (spindle motor) : fait tourner les plateaux à vitesse constante.
  • Contrôleur : circuit électronique sur le PCB du disque, gère les opérations de lecture/écriture.

Organisation des données

  • Piste (track) : cercle concentrique sur un plateau
  • Secteur (sector) : plus petite unité adressable, traditionnellement 512 octets, aujourd'hui souvent 4 Ko (Advanced Format)
  • Cylindre : ensemble des pistes de même rayon sur tous les plateaux
  • Cluster : groupe de secteurs constituant l'unité d'allocation du système de fichiers

Vitesse de rotation

RPMUsage typiqueDébit séquentielTemps d'accès
5 400Stockage externe, NAS économique80-120 Mo/s12-15 ms
7 200Desktop, NAS standard120-200 Mo/s8-12 ms
10 000Serveurs (WD VelociRaptor)150-220 Mo/s5-8 ms
15 000Serveurs SAS entreprise200-300 Mo/s3-5 ms

Avantages et inconvénients du HDD

  • Coût par Go très faible (~0,02 €/Go en 2025)
  • Grandes capacités (jusqu'à 24 To en 2025)
  • Durée de vie en écriture illimitée (pas de limite TBW)
  • ❌ Lent en accès aléatoire (pièces mécaniques mobiles)
  • ❌ Fragile aux chocs et vibrations
  • ❌ Bruyant et consommateur d'énergie

📖 Le SSD (Solid State Drive)

Fonctionnement

Le SSD utilise de la mémoire NAND Flash pour stocker les données. Contrairement au HDD, il n'a aucune pièce mécanique mobile. Les données sont stockées dans des cellules de mémoire organisées en pages (4-16 Ko) et blocs (256-512 pages).

Types de cellules NAND

TypeBits/celluleEndurance (cycles P/E)VitesseCoûtUsage
SLC (Single-Level Cell)150 000 - 100 000⭐⭐⭐⭐⭐Très élevéServeurs, datacenter
MLC (Multi-Level Cell)210 000 - 30 000⭐⭐⭐⭐ÉlevéEntreprise, workstation
TLC (Triple-Level Cell)31 000 - 3 000⭐⭐⭐MoyenGrand public, standard
QLC (Quad-Level Cell)4500 - 1 000⭐⭐FaibleStockage secondaire, archive

Composants internes d'un SSD

  • Puces NAND Flash : les cellules de stockage elles-mêmes
  • Contrôleur : le « cerveau » du SSD, gère les opérations de lecture/écriture, le wear leveling, le garbage collection, le TRIM, la correction d'erreurs (ECC)
  • Cache DRAM : mémoire tampon pour accélérer les opérations (absent sur les SSD DRAM-less d'entrée de gamme)
  • Cache SLC : zone de NAND TLC/QLC fonctionnant en mode SLC pour des écritures rapides (ex : Samsung Intelligent TurboWrite)

Technologies importantes

  • TRIM : commande OS → SSD indiquant les blocs qui ne sont plus utilisés, permettant au garbage collector de les recycler efficacement
  • Wear Leveling : répartition uniforme des écritures sur toutes les cellules pour maximiser la durée de vie
  • Over-Provisioning : espace réservé (7-28%) non accessible par l'utilisateur, utilisé pour le wear leveling et le remplacement de cellules défaillantes
  • TBW (Terabytes Written) : endurance totale en écriture garantie par le fabricant

📖 Interfaces de connexion

InterfaceProtocoleDébit max théoriqueForm FactorUsage
SATA IIIAHCI600 Mo/s (6 Gbit/s)2.5" / 3.5"HDD, SSD entrée de gamme
M.2 SATAAHCI600 Mo/sM.2 (clé B+M)SSD compacts (même vitesse que SATA câble)
M.2 NVMe Gen3NVMe3 500 Mo/s (PCIe 3.0 x4)M.2 (clé M)SSD haute performance
M.2 NVMe Gen4NVMe7 000 Mo/s (PCIe 4.0 x4)M.2 (clé M)SSD gaming, workstation
M.2 NVMe Gen5NVMe14 000 Mo/s (PCIe 5.0 x4)M.2 (clé M)SSD dernière génération
U.2NVMe3 500 - 7 000 Mo/s2.5" (connecteur U.2)Serveurs, datacenter
SAS-3SCSI1 200 Mo/s (12 Gbit/s)2.5" / 3.5"Serveurs entreprise
SAS-4SCSI2 400 Mo/s (24 Gbit/s)2.5" / 3.5"Serveurs haute performance

M.2 : clés B et M

Le form factor M.2 (anciennement NGFF) utilise un système de clés (encoches) pour déterminer le protocole :

  • Clé B : SATA ou PCIe x2 (encoche à gauche)
  • Clé M : PCIe x4 NVMe (encoche à droite) — le plus courant pour les SSD rapides
  • Clé B+M : compatible les deux slots (généralement SATA)

Les tailles standard M.2 : 2230, 2242, 2260, 2280 (largeur × longueur en mm). Le 2280 est le plus répandu.

📖 Performances comparées HDD vs SSD

CritèreHDD 7200 RPMSSD SATASSD NVMe Gen4
Lecture séquentielle150-200 Mo/s500-560 Mo/s5 000-7 000 Mo/s
Écriture séquentielle130-180 Mo/s450-530 Mo/s4 000-6 500 Mo/s
IOPS lecture (4K aléatoire)80-15070 000-100 000500 000-1 000 000
IOPS écriture (4K aléatoire)80-15050 000-90 000400 000-800 000
Latence5-15 ms50-100 µs10-30 µs
Consommation6-8 W2-3 W3-8 W
BruitAudible (mécanique)SilencieuxSilencieux
Résistance aux chocsFragileRésistantRésistant
Prix par Go (2025)~0,02 €~0,06 €~0,08 €
Capacité max24 To4 To8 To

📖 RAID

Principe

Le RAID (Redundant Array of Independent Disks) est une technologie qui combine plusieurs disques pour améliorer les performances, la redondance ou les deux. Le RAID peut être implémenté :

  • Matériel : contrôleur RAID dédié (carte PCIe ou chipset), le plus fiable
  • Logiciel : géré par l'OS (mdadm sous Linux, Espaces de stockage sous Windows)
  • Faux RAID (FakeRAID) : RAID chipset (Intel RST), hybride peu recommandé

Niveaux RAID

RAIDNomDisques minTechniqueCapacité utileTolérance pannePerformances
RAID 0Striping2Données réparties en bandes sur tous les disques100%Aucune (1 disque HS = tout perdu)Lecture ⬆⬆ Écriture ⬆⬆
RAID 1Mirroring2Duplication des données sur 2 disques50%1 disqueLecture ⬆ Écriture =
RAID 5Striping + Parité3Données + parité distribuées sur tous les disques(N-1)/N1 disqueLecture ⬆⬆ Écriture ⬆
RAID 6Double parité4Comme RAID 5 mais avec 2 blocs de parité(N-2)/N2 disquesLecture ⬆⬆ Écriture =
RAID 10Mirroring + Striping4RAID 0 de paires RAID 150%1 disque par paireLecture ⬆⬆ Écriture ⬆⬆

Exemple : RAID 5 avec 4 disques de 2 To

  • Capacité utile : (4-1) × 2 = 6 To
  • Tolérance : 1 disque peut tomber en panne sans perte
  • En cas de panne, le contrôleur reconstruit les données à partir de la parité

RAID sous Linux (mdadm)

# Créer un RAID 5 avec 3 disques
sudo mdadm --create /dev/md0 --level=5 --raid-devices=3 /dev/sdb /dev/sdc /dev/sdd

# Vérifier l'état du RAID
cat /proc/mdstat

# Détail du RAID
sudo mdadm --detail /dev/md0

📖 Systèmes de fichiers

SystèmeOS principalTaille max fichierTaille max volumeJournalisationUsage typique
NTFSWindows16 Eo256 ToOuiDisques système Windows, serveurs
ext4Linux16 To1 EoOuiDistributions Linux standard
XFSLinux8 Eo8 EoOuiServeurs, gros fichiers, RHEL
ZFSFreeBSD, Linux16 Eo256 ZoCoWNAS, stockage entreprise, snapshots
BtrfsLinux16 Eo16 EoCoWSnapshots, compression, SUSE
FAT32Universel4 Go2 ToNonClés USB, cartes SD, ESP
exFATUniversel16 Eo128 PoNonClés USB > 4 Go, SDXC

Formater un disque sous Linux

# Formater en ext4
sudo mkfs.ext4 /dev/sdb1

# Formater en XFS
sudo mkfs.xfs /dev/sdb1

# Monter le système de fichiers
sudo mount /dev/sdb1 /mnt/data

# Montage permanent (fstab)
echo '/dev/sdb1 /mnt/data ext4 defaults 0 2' | sudo tee -a /etc/fstab

📖 Partitionnement

MBR vs GPT (rappel)

Voir le cours C1.2.4 (BIOS/UEFI) pour la comparaison détaillée. En résumé :

  • MBR : 4 partitions primaires max, limite 2 To, compatible BIOS Legacy
  • GPT : 128 partitions, pas de limite pratique, requis pour UEFI

Outils de partitionnement

OutilOSTypeGPTDescription
fdiskLinuxCLIOui (récent)Outil classique, interactif
gdiskLinuxCLIOuiVersion GPT de fdisk
partedLinuxCLIOuiOutil avancé, scriptable
GPartedLinuxGUIOuiInterface graphique, Live USB
Gestion des disquesWindowsGUIOuidiskmgmt.msc
diskpartWindowsCLIOuiOutil en ligne de commandes

Exemples pratiques

# Lister les disques et partitions
lsblk

# Partitionner avec fdisk
sudo fdisk /dev/sdb
# Commandes : n (new), p (print), d (delete), w (write), q (quit)

# Partitionner en GPT avec parted
sudo parted /dev/sdb mklabel gpt
sudo parted /dev/sdb mkpart primary ext4 1MiB 100%

📖 Stockage réseau : DAS, NAS, SAN

Comparaison des architectures

ArchitectureConnexionProtocoleAccèsUsage typique
DAS (Direct Attached Storage)Câble direct (SATA, USB, SAS)BlocUn seul serveurPoste de travail, petit serveur
NAS (Network Attached Storage)Réseau Ethernet (RJ45)SMB/CIFS, NFSFichier (partage réseau)PME, partage de fichiers, sauvegarde
SAN (Storage Area Network)Réseau dédié (FC, iSCSI)Bloc (iSCSI, Fibre Channel)Bloc (vu comme disque local)Datacenter, virtualisation, BDD

NAS en détail

  • Appareil autonome avec son propre OS (Synology DSM, QNAP QTS, TrueNAS)
  • Accessible via le réseau : \\nas\partage (SMB) ou mount -t nfs nas:/export /mnt
  • Souvent équipé de RAID pour la redondance
  • Services supplémentaires : sauvegarde, surveillance vidéo, serveur multimédia

SAN en détail

  • Fibre Channel : réseau dédié haute performance (16/32/64 Gbit/s), câblage fibre optique, coûteux
  • iSCSI : protocole SCSI encapsulé dans TCP/IP, utilise le réseau Ethernet existant, moins cher
  • Le serveur voit le stockage SAN comme un disque local (LUN — Logical Unit Number)
  • Idéal pour la virtualisation (migration à chaud des VM entre serveurs)

📖 Diagnostic et surveillance

S.M.A.R.T.

S.M.A.R.T. (Self-Monitoring, Analysis and Reporting Technology) est un système de surveillance intégré aux disques HDD et SSD. Il collecte des indicateurs de santé pour anticiper les défaillances.

Attributs S.M.A.R.T. importants

AttributDescriptionSeuil critique
Reallocated Sectors CountSecteurs défectueux remplacés> 0 = attention
Power-On HoursHeures de fonctionnementInformatif
TemperatureTempérature du disque> 55°C pour HDD
Wear Leveling Count (SSD)Usure des cellules NAND< 10% = remplacement
Media Wearout Indicator (SSD)Durée de vie restante0 = fin de vie

Commandes de diagnostic

# Linux - Lister les disques
lsblk -f

# Espace disque utilisé
df -h

# Performances I/O en temps réel
iostat -x 2

# S.M.A.R.T. - État de santé
sudo smartctl -a /dev/sda

# S.M.A.R.T. - Test rapide
sudo smartctl -t short /dev/sda

# Windows - Crystal Disk Info (GUI)
# ou en PowerShell :
Get-PhysicalDisk | Get-StorageReliabilityCounter

📝 QCM — Testez vos connaissances

  1. Quelle est la principale différence entre HDD et SSD ?
  2. Quel type de cellule NAND offre la meilleure endurance ?
  3. Quel débit maximal offre l'interface SATA III ?
  4. Quel niveau RAID offre de la redondance sans perte de capacité ?
  5. Que surveille la technologie S.M.A.R.T. ?
  6. Quelle est la différence entre NAS et SAN ?
  7. Quel système de fichiers est le standard Linux ?
  8. Combien de disques minimum faut-il pour un RAID 5 ?
📝 Afficher les corrections
  1. Le HDD est mécanique, le SSD utilise de la mémoire Flash — Le HDD stocke les données sur des plateaux magnétiques rotatifs, le SSD sur des puces NAND Flash sans pièces mobiles.
  2. SLC (Single-Level Cell) — Le SLC stocke 1 bit par cellule avec 50 000-100 000 cycles d'écriture, idéal pour les serveurs.
  3. 600 Mo/s — SATA III (6 Gbit/s) plafonne à environ 600 Mo/s, limitant les performances des SSD.
  4. Aucun, RAID 1 perd 50% de capacité — Tous les niveaux RAID avec redondance sacrifient de la capacité : RAID 1 (50%), RAID 5 (1 disque), RAID 6 (2 disques).
  5. L'état de santé des disques — S.M.A.R.T. collecte des indicateurs (secteurs réalloués, température, heures de fonctionnement) pour anticiper les pannes.
  6. Le NAS partage des fichiers, le SAN partage du stockage bloc — Le NAS utilise SMB/NFS (accès fichier), le SAN utilise iSCSI/FC (accès bloc, vu comme disque local).
  7. ext4 — ext4 est le système de fichiers par défaut de la plupart des distributions Linux.
  8. 3 — Le RAID 5 nécessite au minimum 3 disques pour distribuer les données et la parité.
💡 À retenir

Le stockage se divise entre HDD (magnétique, grande capacité, lent) et SSD (NAND Flash, rapide, compact). Les interfaces vont du SATA (600 Mo/s) au NVMe Gen5 (14 Go/s). En contexte serveur, le RAID assure redondance et performance, tandis que les architectures NAS (partage fichiers) et SAN (stockage bloc) répondent aux besoins de stockage en réseau. La surveillance S.M.A.R.T. permet d'anticiper les pannes.

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