⚡ Le Processeur (CPU)

Bloc 1 Module 1.2 BTS SIO SISR
FormationBTS SIO option SISR — IRIS Mediaschool
BlocB1 — Infrastructure & Réseaux
ModuleM1.2 — Architecture Matérielle
PrérequisAucun

🎯 Objectifs

À l'issue de ce cours, vous serez capable de :

  • Définir le rôle du processeur au sein d'un système informatique.
  • Décrire l'architecture interne d'un CPU (UAL, UC, registres, mémoire cache).
  • Expliquer le fonctionnement des transistors et des portes logiques élémentaires.
  • Détailler le cycle d'instruction (Fetch – Decode – Execute) et le principe du pipeline.
  • Interpréter les caractéristiques techniques d'un processeur (fréquence, TDP, nombre de cœurs).
  • Comparer les architectures x86 (CISC) et ARM (RISC).
  • Distinguer cœurs physiques et cœurs logiques et comprendre le multithreading.
  • Expliquer le mécanisme des interruptions matérielles et logicielles.
  • Identifier les principaux fabricants et gammes de processeurs du marché.

📖 Qu'est-ce qu'un processeur ?

Définition

Le processeur (Central Processing Unit — CPU) est le composant électronique principal d'un ordinateur. Il est chargé d'exécuter les instructions des programmes stockés en mémoire. C'est lui qui réalise les calculs, prend les décisions logiques et coordonne le fonctionnement de tous les autres composants du système.

Rôle dans l'ordinateur

Le processeur interagit en permanence avec les autres composants :

  • Mémoire RAM — il lit les instructions et les données à traiter, puis y écrit les résultats.
  • Périphériques d'entrée/sortie — clavier, souris, écran, disques : le CPU orchestre les échanges de données via les bus et les contrôleurs.
  • Carte mère — elle fournit les bus de communication (bus de données, bus d'adresses, bus de contrôle) entre le CPU et le reste du système.

Analogie

Imaginez un chef cuisinier dans un grand restaurant. La cuisine est l'ordinateur, les recettes sont les programmes et les ingrédients sont les données. Le chef (le CPU) lit la recette (instruction), prend les ingrédients nécessaires (données en mémoire), les transforme (calcul) et produit le plat final (résultat). Plus le chef est rapide et expérimenté, plus il peut préparer de plats simultanément — c'est exactement ce que fait un processeur multicœur.

Le CPU dans l'architecture de Von Neumann

L'architecture de la plupart des ordinateurs modernes repose sur le modèle proposé par John von Neumann en 1945. Dans ce modèle, le CPU, la mémoire et les unités d'entrée/sortie sont reliés par des bus. Le programme et les données résident dans la même mémoire, ce qui distingue cette architecture du modèle Harvard (mémoires séparées).

ComposantRôle
CPU (processeur)Exécute les instructions et les calculs
Mémoire (RAM)Stocke temporairement programmes et données
Entrées / SortiesCommunique avec l'extérieur (clavier, écran, réseau…)
BusAssure le transport des données entre composants

📖 Architecture interne

À l'intérieur du processeur, plusieurs sous-ensembles collaborent pour traiter les instructions. Voici les principaux blocs fonctionnels :

L'Unité Arithmétique et Logique (UAL / ALU)

L'UAL (Arithmetic Logic Unit) est le « calculateur » du processeur. Elle effectue deux types d'opérations :

  • Opérations arithmétiques : addition, soustraction, multiplication, division.
  • Opérations logiques : AND, OR, NOT, XOR, comparaisons, décalages de bits.

Exemple : pour additionner 5 + 3, l'UAL reçoit les deux opérandes (5 et 3) et le code de l'opération (addition), puis produit le résultat (8) ainsi que des drapeaux (flags) indiquant, par exemple, si le résultat est nul ou s'il y a eu un dépassement de capacité.

L'Unité de Contrôle (UC / CU)

L'UC (Control Unit) est le « chef d'orchestre ». Elle :

  • Lit (fetch) l'instruction suivante depuis la mémoire.
  • Décode (decode) cette instruction pour déterminer l'opération à effectuer.
  • Envoie les signaux de commande appropriés à l'UAL, aux registres et aux bus.
  • Gère le séquencement des instructions grâce au compteur ordinal (PC — Program Counter).

Les registres

Les registres sont de minuscules zones de mémoire ultra-rapides situées directement dans le CPU. Ils stockent les données et adresses en cours de traitement. Voici les principaux :

RegistreNom completRôle
PCProgram CounterContient l'adresse de la prochaine instruction à exécuter
IRInstruction RegisterContient l'instruction en cours de décodage
ACCAccumulateurStocke le résultat intermédiaire des calculs de l'UAL
MARMemory Address RegisterContient l'adresse mémoire à lire ou écrire
MDRMemory Data RegisterContient la donnée lue depuis la mémoire ou à y écrire
SPStack PointerPointe vers le sommet de la pile d'exécution
FLAGSRegistre d'étatContient les drapeaux (zéro, retenue, débordement…)

Sur une architecture x86-64, on dispose de registres généraux comme RAX, RBX, RCX, RDX, RSI, RDI, RSP, RBP, ainsi que des registres étendus R8 à R15, chacun de 64 bits.

La mémoire cache (L1, L2, L3)

La mémoire cache est une mémoire SRAM (Static RAM) très rapide, intégrée au processeur, qui sert de tampon entre le CPU et la RAM (beaucoup plus lente). Elle stocke les données et instructions les plus fréquemment utilisées pour réduire les temps d'accès.

NiveauTaille typiqueLatenceEmplacement
L132 à 64 Ko par cœur~1 ns (4 cycles)Intégré à chaque cœur
L2256 Ko à 1 Mo par cœur~3-5 ns (10-12 cycles)Dédié à chaque cœur ou partagé entre 2
L38 à 64 Mo (voire plus)~10-15 ns (30-40 cycles)Partagé entre tous les cœurs
RAM8 à 128 Go~50-100 nsExterne, sur la carte mère

Le cache L1 est souvent divisé en deux parties : L1i (instructions) et L1d (données). Lorsqu'une donnée demandée par le CPU se trouve dans le cache, on parle de cache hit ; dans le cas contraire, c'est un cache miss, et le processeur doit aller la chercher dans un niveau de cache supérieur ou en RAM, ce qui ralentit l'exécution.

📖 Les transistors et portes logiques

Le transistor : l'interrupteur élémentaire

Un transistor est un composant électronique semi-conducteur qui fonctionne comme un interrupteur miniature. Il peut être dans deux états :

  • Passant (ON) → laisse passer le courant → représente le bit 1.
  • Bloqué (OFF) → bloque le courant → représente le bit 0.

Les processeurs modernes contiennent des milliards de transistors. Par exemple, un processeur Apple M2 contient environ 20 milliards de transistors, gravés avec une finesse de 5 nm (nanomètres). Plus les transistors sont petits, plus on peut en placer sur la même surface, augmentant ainsi la puissance de calcul tout en réduisant la consommation électrique.

Les portes logiques fondamentales

En combinant des transistors, on construit des portes logiques, qui réalisent des opérations booléennes élémentaires. Ce sont les briques de base de tous les circuits numériques.

Porte AND (ET)

La sortie vaut 1 uniquement si les deux entrées valent 1.

ABA AND B
000
010
100
111

Porte OR (OU)

La sortie vaut 1 si au moins une des entrées vaut 1.

ABA OR B
000
011
101
111

Porte NOT (NON)

La sortie est l'inverse de l'entrée. Elle n'a qu'une seule entrée.

ANOT A
01
10

Porte XOR (OU exclusif)

La sortie vaut 1 si les entrées sont différentes.

ABA XOR B
000
011
101
110

Des portes logiques aux circuits complexes

En combinant ces portes logiques, on construit des circuits de plus en plus complexes :

  • Demi-additionneur (half adder) : additionne deux bits à l'aide d'une porte XOR (somme) et d'une porte AND (retenue).
  • Additionneur complet (full adder) : additionne deux bits avec une retenue entrante. On en chaîne plusieurs pour additionner des nombres de 8, 16, 32 ou 64 bits.
  • Multiplexeurs : aiguillent les données vers le bon circuit.
  • Bascules (flip-flops) : permettent de mémoriser un bit — c'est la base des registres et de la mémoire SRAM.

Exemple simplifié — un demi-additionneur pour 1 + 1 :

Entrées : A = 1, B = 1
Somme   = A XOR B = 1 XOR 1 = 0
Retenue = A AND B = 1 AND 1 = 1
Résultat en binaire : 10 (soit 2 en décimal) ✓

📖 Le cycle d'instruction

Le processeur exécute les programmes en répétant indéfiniment un cycle composé de trois étapes fondamentales : Fetch, Decode, Execute.

Les trois étapes

1. Fetch (Recherche)

L'unité de contrôle lit l'instruction pointée par le compteur ordinal (PC). L'adresse contenue dans PC est placée dans le registre MAR, et l'instruction récupérée depuis la mémoire est stockée dans le registre IR. Le compteur ordinal est ensuite incrémenté pour pointer vers l'instruction suivante.

2. Decode (Décodage)

L'unité de contrôle analyse l'instruction contenue dans IR. Elle identifie le code opération (opcode) qui indique l'opération à effectuer (addition, comparaison, saut…) ainsi que les opérandes (les données ou adresses concernées). Les signaux de contrôle appropriés sont alors générés.

3. Execute (Exécution)

L'opération est réalisée. Par exemple, si l'instruction est une addition, l'UAL additionne les opérandes et le résultat est stocké dans un registre ou écrit en mémoire. Si c'est un saut (JMP), le compteur ordinal est mis à jour avec la nouvelle adresse.

ÉtapeActionComposant impliqué
FetchLire l'instruction en mémoireUC, PC, MAR, MDR, IR
DecodeDécoder l'opcode et les opérandesUC (décodeur d'instructions)
ExecuteExécuter l'opérationUAL, registres, bus

Le cycle d'horloge

Chaque étape du cycle est cadencée par une horloge interne qui émet des impulsions à intervalles réguliers. Un cycle d'horloge (clock cycle) est la durée entre deux impulsions consécutives. La fréquence de cette horloge, mesurée en GHz, détermine le nombre de cycles par seconde.

Exemple : un processeur cadencé à 4 GHz effectue 4 milliards de cycles par seconde. Si une instruction simple nécessite 1 cycle, ce processeur peut théoriquement exécuter 4 milliards d'instructions par seconde.

Le pipeline

Le pipeline est une technique d'optimisation qui permet d'exécuter plusieurs instructions en même temps, chacune à une étape différente du cycle. C'est comparable à une chaîne de montage dans une usine : pendant qu'une instruction est exécutée, la suivante est décodée et une troisième est déjà en cours de chargement.

Cycle d'horlogeÉtage 1 (Fetch)Étage 2 (Decode)Étage 3 (Execute)
Cycle 1Instruction 1
Cycle 2Instruction 2Instruction 1
Cycle 3Instruction 3Instruction 2Instruction 1
Cycle 4Instruction 4Instruction 3Instruction 2
Cycle 5Instruction 5Instruction 4Instruction 3

Grâce au pipeline, à partir du cycle 3, une instruction est terminée à chaque cycle d'horloge, ce qui multiplie le débit d'exécution. Les processeurs modernes utilisent des pipelines de 14 à 20+ étages pour maximiser les performances. Cependant, des aléas de pipeline (dépendances de données, branchements conditionnels) peuvent provoquer des « bulles » (cycles perdus). Les CPU modernes utilisent la prédiction de branchement et l'exécution spéculative pour atténuer ces problèmes.

📖 Fréquence d'horloge et performances

La fréquence en GHz

La fréquence d'horloge indique le nombre de cycles que le processeur effectue par seconde. Elle est exprimée en GHz (gigahertz) — 1 GHz = 1 milliard de cycles/seconde.

Attention : la fréquence seule n'est pas un indicateur fiable de performance. Un processeur à 3,5 GHz peut être plus performant qu'un autre à 4,0 GHz si son architecture est plus efficace (plus d'instructions par cycle — IPC, Instructions Per Cycle).

FacteurImpact sur les performances
Fréquence (GHz)Plus de cycles par seconde
IPC (Instructions par cycle)Plus de travail accompli par cycle
Nombre de cœursPlus de tâches exécutées en parallèle
Taille du cacheMoins d'accès à la RAM (lente)
Largeur du busPlus de données transférées par cycle

La performance réelle se résume souvent par la formule simplifiée :

Performance ≈ Fréquence × IPC × Nombre de cœurs

L'overclocking

L'overclocking consiste à augmenter la fréquence d'horloge au-delà de la valeur nominale définie par le fabricant. Cela permet d'obtenir des performances supérieures, mais entraîne :

  • Une augmentation de la consommation électrique.
  • Une production de chaleur accrue nécessitant un meilleur refroidissement.
  • Un risque d'instabilité si la tension et le refroidissement ne sont pas adaptés.
  • L'annulation de la garantie du fabricant dans certains cas.

Sur les processeurs Intel, seuls les modèles suffixés K (ex : i7-13700K) ont un multiplicateur déverrouillé permettant l'overclocking. Chez AMD, tous les processeurs Ryzen sont déverrouillés.

TDP et dissipation thermique

Le TDP (Thermal Design Power) est la puissance thermique maximale (en watts) que le système de refroidissement doit être capable de dissiper pour maintenir le processeur à une température de fonctionnement sûre. Ce n'est pas la consommation électrique réelle, mais une valeur guide pour le dimensionnement du refroidissement.

Type de processeurTDP typiqueRefroidissement recommandé
CPU basse consommation (laptop)15 – 45 WVentilateur intégré fin
CPU desktop grand public65 – 125 WVentirad tour ou AIO 240 mm
CPU desktop haute performance125 – 253 WAIO 360 mm ou watercooling custom
CPU serveur (Xeon, EPYC)150 – 400 WRefroidissement industriel

En pratique, on peut surveiller la température du CPU sous Linux avec la commande :

# Installer lm-sensors si nécessaire
sudo apt install lm-sensors
sudo sensors-detect

# Afficher les températures
sensors

Sous Windows, on peut utiliser des outils comme HWMonitor, Core Temp ou HWiNFO.

📖 Architectures x86 vs ARM

Il existe deux grandes familles d'architectures de jeux d'instructions (ISA — Instruction Set Architecture) qui dominent le marché : x86 et ARM. Elles reposent sur deux philosophies de conception distinctes : CISC et RISC.

CISC — Complex Instruction Set Computer

L'architecture x86 (Intel, AMD) suit le modèle CISC. Les caractéristiques principales sont :

  • Jeu d'instructions vaste et complexe — des centaines d'instructions différentes.
  • Les instructions peuvent avoir des longueurs variables (1 à 15 octets en x86).
  • Une seule instruction peut réaliser des opérations complexes (ex : charger une donnée depuis la mémoire et l'additionner en une seule instruction).
  • Le décodage est plus complexe, mais le code compilé est souvent plus compact.

RISC — Reduced Instruction Set Computer

L'architecture ARM suit le modèle RISC. Ses caractéristiques :

  • Jeu d'instructions réduit et simple — chaque instruction fait une seule chose.
  • Les instructions ont une taille fixe (32 bits ou 16 bits en mode Thumb).
  • Chaque instruction s'exécute généralement en un seul cycle d'horloge.
  • Architecture très économe en énergie, idéale pour les appareils mobiles et embarqués.

Comparaison détaillée

Critèrex86 (CISC)ARM (RISC)
PhilosophieInstructions complexes et variéesInstructions simples et uniformes
FabricantsIntel, AMDQualcomm, Apple, Samsung, MediaTek (licence ARM)
ConsommationÉlevée (65 – 253 W desktop)Faible (1 – 15 W mobile)
Usages typiquesPC de bureau, serveurs, stations de travailSmartphones, tablettes, IoT, serveurs cloud
OS supportésWindows, Linux, macOS (historique)Android, iOS, Linux, Windows on ARM, macOS (Apple Silicon)
Performance bruteTrès élevée (haut de gamme)Croissante — Apple M-series rivalise avec x86
Efficacité énergétiqueModéréeExcellente (perf/watt supérieure)

Usages dans l'infrastructure

En tant que technicien SISR, vous rencontrerez les deux architectures :

  • Serveurs traditionnels : processeurs x86-64 (Intel Xeon, AMD EPYC) — la majorité des data centers.
  • Serveurs cloud / edge : processeurs ARM (AWS Graviton, Ampere Altra) — en forte croissance pour leur efficacité énergétique.
  • Postes de travail : x86-64 majoritairement, mais Apple Silicon (ARM) en progression.
  • Équipements réseau : routeurs, switchs, pare-feu — souvent des processeurs ARM ou MIPS embarqués.
  • IoT / embarqué : microcontrôleurs ARM (Raspberry Pi, Arduino avec ARM Cortex).

📖 Multicœur et Multithreading

Du monocœur au multicœur

Pendant des décennies, l'augmentation des performances passait principalement par l'augmentation de la fréquence d'horloge. Mais au-delà d'un certain seuil (~4 GHz), la chaleur générée et la consommation électrique deviennent ingérables. Les fabricants se sont alors tournés vers une autre stratégie : multiplier le nombre de cœurs (cores) au sein d'un même processeur.

Chaque cœur est un processeur quasi indépendant, disposant de sa propre UAL, de ses propres registres et de son cache L1/L2. Les cœurs partagent généralement le cache L3 et l'accès à la mémoire RAM.

Cœurs physiques vs cœurs logiques

ConceptDéfinitionExemple
Cœur physique Unité de calcul matérielle réelle sur la puce Un i7-13700K possède 16 cœurs physiques (8P + 8E)
Cœur logique (thread) Unité de calcul virtuelle — le système d'exploitation voit un « processeur » supplémentaire Le même i7-13700K expose 24 threads (les 8 cœurs P ont l'Hyper-Threading)

Hyper-Threading / SMT

Le Hyper-Threading (Intel) ou SMT (Simultaneous Multi-Threading, AMD) est une technologie qui permet à un seul cœur physique de traiter deux threads (fils d'exécution) simultanément. Le cœur dispose d'un jeu de registres dupliqué pour chaque thread, mais les unités d'exécution (UAL, FPU…) sont partagées.

Gain de performance typique : +15 à 30 % par rapport au même nombre de cœurs sans SMT, selon la charge de travail. Les applications très parallèles (compilation, rendu 3D, virtualisation) en bénéficient le plus.

Le parallélisme en pratique

Un programme doit être conçu pour tirer parti du multicœur. On distingue :

  • Parallélisme de tâches : différentes tâches s'exécutent sur différents cœurs (ex : le navigateur web sur un cœur, l'antivirus sur un autre).
  • Parallélisme de données : la même opération est appliquée simultanément à différentes portions d'un ensemble de données (ex : traitement d'image, calcul scientifique).

Sous Linux, vous pouvez visualiser le nombre de cœurs et threads avec :

# Afficher les informations du CPU
lscpu

# Résultat typique :
# CPU(s):              24
# Thread(s) per core:  2
# Core(s) per socket:  16
# Socket(s):           1

# Autre méthode
cat /proc/cpuinfo | grep "model name" | head -1
cat /proc/cpuinfo | grep "cpu cores" | head -1
cat /proc/cpuinfo | grep "siblings" | head -1

Sous Windows, dans PowerShell :

# Nombre de cœurs physiques
(Get-CimInstance Win32_Processor).NumberOfCores

# Nombre de cœurs logiques (threads)
(Get-CimInstance Win32_Processor).NumberOfLogicalProcessors

📖 Les interruptions

Une interruption est un signal envoyé au processeur pour lui demander de suspendre temporairement l'exécution du programme en cours afin de traiter un événement prioritaire. Une fois l'événement traité, le CPU reprend l'exécution là où il s'était arrêté.

Interruptions matérielles

Elles sont déclenchées par des périphériques physiques : clavier, souris, carte réseau, disque dur, horloge système… Chaque périphérique est associé à une ligne d'interruption appelée IRQ (Interrupt Request).

IRQPériphérique (exemple historique PC/AT)
IRQ 0Horloge système (timer)
IRQ 1Clavier
IRQ 2Cascade vers le second contrôleur d'interruptions
IRQ 3Port série COM2
IRQ 4Port série COM1
IRQ 5Carte son (LPT2)
IRQ 6Contrôleur de disquette
IRQ 7Port parallèle LPT1
IRQ 8Horloge temps réel (RTC)
IRQ 12Port PS/2 (souris)
IRQ 14Contrôleur IDE primaire
IRQ 15Contrôleur IDE secondaire

Les systèmes modernes utilisent l'APIC (Advanced Programmable Interrupt Controller) et les MSI/MSI-X (Message Signaled Interrupts) qui remplacent les IRQ classiques et permettent un routage plus flexible des interruptions, notamment dans les architectures multicœurs.

Interruptions logicielles

Aussi appelées traps ou exceptions, elles sont déclenchées par le logiciel lui-même :

  • Appels système (syscalls) : un programme demande un service au noyau du système d'exploitation (ex : lire un fichier, allouer de la mémoire).
  • Exceptions : division par zéro, accès mémoire invalide (segfault), instruction illégale.
  • Interruptions logicielles volontaires : par exemple, en assembleur x86, l'instruction INT 0x80 déclenche un appel système sous Linux (32 bits).

Mécanisme de traitement d'une interruption

Lorsqu'une interruption survient, le processeur :

  1. Termine l'instruction en cours (ou l'interrompt si c'est une exception).
  2. Sauvegarde le contexte : le contenu des registres (PC, FLAGS…) est empilé sur la pile.
  3. Consulte la table des vecteurs d'interruption (IVT ou IDT en mode protégé) pour trouver l'adresse de la routine de traitement (ISR — Interrupt Service Routine).
  4. Exécute l'ISR : le code qui gère l'événement (ex : lire la touche pressée, recevoir un paquet réseau).
  5. Restaure le contexte : les registres sont dépilés et le CPU reprend l'exécution du programme interrompu.

Sous Linux, on peut consulter les interruptions en cours avec :

# Afficher les compteurs d'interruptions par CPU
cat /proc/interrupts

# Exemple de sortie (extrait) :
#            CPU0       CPU1
#   0:         45          0   IO-APIC   2-edge      timer
#   1:          3          0   IO-APIC   1-edge      i8042
#   8:          0          0   IO-APIC   8-edge      rtc0
#  12:         15          0   IO-APIC  12-edge      i8042

📖 Fabricants et gammes

Deux entreprises dominent le marché des processeurs pour PC et serveurs : Intel et AMD. Voici un panorama de leurs gammes principales.

Intel

GammeSegmentUsages typiquesCaractéristiques clés
Core i3 Entrée de gamme Bureautique, navigation, usage léger 4 cœurs / 8 threads, iGPU intégré
Core i5 Milieu de gamme Gaming, productivité, polyvalence 6-10 cœurs, bon rapport performance/prix
Core i7 Haut de gamme Création de contenu, gaming intensif, virtualisation 8-16 cœurs, Hyper-Threading, fréquences élevées
Core i9 Très haut de gamme Workstation, rendu 3D, streaming + gaming 16-24 cœurs, performances maximales
Xeon Serveur / professionnel Serveurs, data centers, calcul scientifique Jusqu'à 60 cœurs, support ECC, multi-socket
Celeron / Pentium Ultra entrée de gamme PC éducation, terminaux légers, Chromebooks 2-4 cœurs, faible TDP, prix très bas

AMD

GammeSegmentUsages typiquesCaractéristiques clés
Ryzen 3 Entrée de gamme Bureautique, gaming léger 4 cœurs / 8 threads, prix abordable
Ryzen 5 Milieu de gamme Gaming, productivité, polyvalence 6 cœurs / 12 threads, excellent rapport qualité/prix
Ryzen 7 Haut de gamme Création de contenu, gaming intensif 8 cœurs / 16 threads, SMT
Ryzen 9 Très haut de gamme Workstation, multitâche extrême 12-16 cœurs / 24-32 threads
Threadripper Poste de travail professionnel Rendu 3D, simulation, compilation massive Jusqu'à 96 cœurs, bande passante mémoire élevée
EPYC Serveur / data center Virtualisation, cloud, HPC Jusqu'à 128 cœurs, support multi-socket, PCIe Gen5

Comparaison Intel vs AMD (2024-2025)

CritèreIntel (13e/14e gen)AMD (Ryzen 7000 / 9000)
ArchitectureHybride P-cores + E-cores (Raptor Lake)Zen 4 / Zen 5 (chiplets)
SocketLGA 1700AM5 (LGA 1718)
GravureIntel 7 (10 nm)TSMC 5 nm / 4 nm
Performance monocœurExcellente (gaming)Excellente (compétitive)
Performance multicœurTrès bonneSupérieure (plus de cœurs à prix égal)
Efficacité énergétiqueConsommation élevée (haut de gamme)Meilleure efficacité (perf/watt)
iGPUIntel UHD / Iris XeRDNA 2 intégré (sur modèles G)
OverclockingModèles K uniquementTous les Ryzen déverrouillés

Identifier son processeur

Quelques commandes utiles pour identifier le processeur d'une machine :

# Linux — informations complètes
lscpu
cat /proc/cpuinfo | head -30

# Linux — résumé rapide
lscpu | grep "Model name"

# Windows — PowerShell
Get-CimInstance Win32_Processor | Select-Object Name, NumberOfCores, NumberOfLogicalProcessors, MaxClockSpeed

# Windows — invite de commandes
wmic cpu get name, numberofcores, numberoflogicalprocessors

📝 QCM — Testez vos connaissances

  1. Quel composant effectue les calculs arithmétiques et logiques dans le CPU ?
  2. Que mesure la fréquence d'horloge d'un processeur ?
  3. Quelle est la différence entre CISC et RISC ?
  4. Qu'est-ce que l'Hyper-Threading ?
  5. Quel cache CPU est le plus rapide ?
  6. Quelles sont les 3 étapes du cycle d'instruction ?
  7. Quelle architecture utilisent les smartphones ?
  8. Que signifie TDP ?
📝 Afficher les corrections
  1. L'UAL (Unité Arithmétique et Logique) — L'UAL réalise les opérations de base : addition, soustraction, ET, OU, comparaisons.
  2. Le nombre de cycles par seconde (en GHz) — Un processeur à 4 GHz effectue 4 milliards de cycles par seconde.
  3. CISC a des instructions complexes, RISC des instructions simples — CISC (x86) utilise des instructions variées, RISC (ARM) utilise des instructions simples et rapides.
  4. Un cœur physique simulant deux cœurs logiques — L'Hyper-Threading (Intel) permet à un cœur physique d'exécuter deux threads simultanément.
  5. Le cache L1 — Le cache L1 est le plus petit mais le plus rapide, directement intégré dans chaque cœur.
  6. Fetch, Decode, Execute — Le cycle FDE : récupérer l'instruction, la décoder, puis l'exécuter.
  7. ARM (RISC) — Les processeurs mobiles (Apple A, Qualcomm Snapdragon) utilisent l'architecture ARM pour leur efficacité énergétique.
  8. Thermal Design Power — Le TDP indique la puissance thermique maximale que le système de refroidissement doit dissiper.
💡 À retenir

Le processeur (CPU) est le cerveau de l'ordinateur : il exécute les instructions des programmes en suivant un cycle Fetch-Decode-Execute cadencé par une horloge. Ses performances dépendent de la fréquence, du nombre de cœurs, de l'IPC et de la hiérarchie de cache (L1/L2/L3). En tant que technicien SISR, savoir identifier, comparer et dimensionner un processeur (Intel Core/Xeon vs AMD Ryzen/EPYC, architecture x86 vs ARM) est essentiel pour concevoir et maintenir des infrastructures adaptées aux besoins.

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