💾 La RAM

Bloc 1 Module 1.2 BTS SIO SISR
FormationBTS SIO option SISR — IRIS Mediaschool
BlocB1 — Infrastructure & Réseaux
ModuleM1.2 — Architecture Matérielle
PrérequisC1.2.1 — Le Processeur (CPU)

🎯 Objectifs

À l'issue de ce cours, vous serez capable de :

  • Expliquer le rôle de la RAM dans un système informatique et la différence entre mémoire volatile et non-volatile.
  • Distinguer la DRAM de la SRAM et identifier leurs cas d'usage respectifs.
  • Comparer les différentes générations DDR (DDR à DDR5) en termes de fréquence, débit et tension.
  • Interpréter les caractéristiques techniques d'une barrette de RAM : fréquence, latence CAS, bande passante et mode Dual/Quad Channel.
  • Identifier les différents formats physiques (DIMM, SO-DIMM, RDIMM, LRDIMM) et savoir lequel choisir selon le contexte.
  • Comprendre comment le système d'exploitation gère la mémoire : mémoire virtuelle, swap, pagination et adressage 32 bits vs 64 bits.
  • Utiliser les outils de diagnostic mémoire sous Linux et Windows.
  • Dimensionner correctement la RAM en fonction d'un cahier des charges (poste bureautique, serveur, virtualisation).

📖 Qu'est-ce que la RAM ?

Définition

La RAM (Random Access Memory, mémoire à accès aléatoire) est le composant matériel qui stocke temporairement les données et les instructions dont le processeur a besoin immédiatement. Contrairement au disque dur ou au SSD, la RAM permet un accès extrêmement rapide — de l'ordre de quelques nanosecondes — à n'importe quelle cellule mémoire, sans avoir à parcourir séquentiellement les données.

Mémoire volatile vs non-volatile

La RAM est une mémoire volatile : son contenu est entièrement effacé dès que l'alimentation électrique est coupée. C'est la différence fondamentale avec les mémoires non-volatiles comme les disques durs (HDD), les SSD, les clés USB ou la mémoire Flash, qui conservent les données même hors tension.

Critère Mémoire volatile (RAM) Mémoire non-volatile (SSD, HDD)
Persistance des données Non — données perdues à l'extinction Oui — données conservées hors tension
Vitesse d'accès Très rapide (5 – 100 ns) Plus lent (μs pour SSD, ms pour HDD)
Coût par Go Élevé (~3 – 5 €/Go) Faible (~0,05 – 0,10 €/Go)
Rôle principal Stockage temporaire pour le CPU Stockage permanent des fichiers

Analogie : le bureau de travail

Imaginez votre espace de travail physique :

  • Le disque dur / SSD est l'armoire de rangement : il contient tous vos dossiers, mais il faut se lever pour aller les chercher.
  • La RAM est la surface de votre bureau : vous y posez les documents sur lesquels vous travaillez activement. Plus votre bureau est grand, plus vous pouvez ouvrir de dossiers simultanément sans avoir à ranger et ressortir des documents de l'armoire.
  • Le cache CPU (L1, L2, L3) correspond aux documents que vous tenez directement en main : accès immédiat, mais capacité très limitée.

Lorsque votre bureau (RAM) est plein, vous devez poser des documents au sol (utiliser le swap), ce qui ralentit considérablement votre travail.

Place dans la hiérarchie mémoire

Du plus rapide (et le plus cher) au plus lent (et le moins cher) :

Niveau Type Capacité typique Latence
1 Registres CPU Quelques Ko < 1 ns
2 Cache L1 32 – 64 Ko / cœur ~1 ns
3 Cache L2 256 Ko – 1 Mo / cœur ~3 – 5 ns
4 Cache L3 8 – 64 Mo (partagé) ~10 – 20 ns
5 RAM (DRAM) 8 – 128 Go ~50 – 100 ns
6 SSD NVMe 256 Go – 4 To ~10 – 100 μs
7 HDD 1 – 20 To ~5 – 10 ms

📖 DRAM vs SRAM

Il existe deux grandes familles de mémoire vive, qui se distinguent par leur technologie de fabrication et leur usage :

DRAM — Dynamic Random Access Memory

La DRAM stocke chaque bit dans un condensateur minuscule associé à un transistor. Le condensateur se charge (bit = 1) ou se décharge (bit = 0). Problème : le condensateur perd sa charge au fil du temps (quelques millisecondes). Il faut donc rafraîchir périodiquement chaque cellule mémoire — d'où le qualificatif dynamique.

  • Structure : 1 transistor + 1 condensateur par bit.
  • Avantages : très dense (beaucoup de bits par puce), coût réduit par Go, grande capacité.
  • Inconvénients : plus lente que la SRAM, nécessite un rafraîchissement constant, consommation légèrement plus élevée.
  • Usage : mémoire principale de l'ordinateur (les barrettes de RAM que l'on installe sur la carte mère).

SRAM — Static Random Access Memory

La SRAM utilise un circuit de type bascule (flip-flop) composé de 4 à 6 transistors par bit. Tant que l'alimentation est maintenue, le bit conserve son état sans rafraîchissement — d'où le qualificatif statique.

  • Structure : 4 à 6 transistors par bit (pas de condensateur).
  • Avantages : extrêmement rapide, pas de rafraîchissement nécessaire, faible consommation en veille.
  • Inconvénients : coût très élevé, faible densité (occupe beaucoup de place sur la puce), capacité limitée.
  • Usage : mémoire cache du CPU (L1, L2, L3).

Tableau comparatif

Critère DRAM SRAM
Composant de base 1 transistor + 1 condensateur 4 à 6 transistors (bascule)
Rafraîchissement Oui (toutes les quelques ms) Non
Vitesse Rapide (~50 – 100 ns) Très rapide (~1 – 10 ns)
Densité Élevée (beaucoup de Go possibles) Faible (quelques Mo max)
Coût Faible (par rapport à la SRAM) Très élevé
Usage principal RAM principale (barrettes DIMM) Cache CPU (L1, L2, L3)
Volatile ? Oui Oui

📖 Évolution DDR

Le principe du DDR

Avant le DDR, la mémoire SDR SDRAM (Single Data Rate) transférait des données uniquement sur le front montant du signal d'horloge. La technologie DDR (Double Data Rate) a doublé le débit en transférant des données sur les deux fronts du signal d'horloge (montant et descendant), sans augmenter la fréquence réelle du bus.

Les générations DDR

DDR (DDR1) — Apparue en 2000, elle a remplacé la SDR SDRAM. Fréquences de 200 à 400 MHz effectifs. Tension de 2,5 V. Capacité maximale par barrette limitée (jusqu'à 1 Go). Débit de 1,6 à 3,2 Go/s.

DDR2 — Lancée en 2003, elle a doublé la fréquence effective par rapport au DDR1 grâce à un prefetch de 4 bits (contre 2 pour DDR1). Fréquences de 400 à 1066 MHz effectifs. Tension réduite à 1,8 V pour une consommation moindre. Débit de 3,2 à 8,5 Go/s.

DDR3 — Introduite en 2007, elle a encore doublé le prefetch (8 bits). Fréquences de 800 à 2133 MHz effectifs. Tension de 1,5 V (et 1,35 V pour la DDR3L). Capacités allant jusqu'à 8 Go par barrette couramment. Débit de 6,4 à 17 Go/s.

DDR4 — Sortie en 2014, elle reste aujourd'hui la norme la plus répandue. Fréquences de 2133 à 3200 MHz effectifs (et au-delà en overclocking via les profils XMP). Tension de 1,2 V. Capacités allant jusqu'à 32 Go par barrette en grand public. Débit de 17 à 25,6 Go/s.

DDR5 — Disponible depuis 2021, elle marque une évolution majeure. Fréquences à partir de 4800 MHz effectifs, pouvant dépasser 8000 MHz. Tension de 1,1 V. Chaque barrette intègre désormais son propre régulateur de tension (PMIC). Deux canaux de 32 bits par barrette (au lieu d'un seul canal de 64 bits), améliorant l'efficacité. Capacités pouvant atteindre 64 Go par barrette et au-delà. Débit à partir de 38,4 Go/s.

Tableau comparatif des générations DDR

Génération Année Fréquence effective (MHz) Tension (V) Prefetch (bits) Débit max (Go/s) Broches (DIMM)
DDR 2000 200 – 400 2,5 2n 3,2 184
DDR2 2003 400 – 1066 1,8 4n 8,5 240
DDR3 2007 800 – 2133 1,5 8n 17,0 240
DDR4 2014 2133 – 3200+ 1,2 8n 25,6 288
DDR5 2021 4800 – 8000+ 1,1 16n 64,0+ 288

Compatibilité

⚠️ Les générations DDR ne sont pas intercompatibles. Chaque génération possède un détrompeur (encoche physique) positionné différemment sur la barrette, empêchant toute insertion dans un slot incompatible. Une carte mère conçue pour la DDR4 ne peut accueillir ni DDR3 ni DDR5. Il est donc impératif de vérifier la compatibilité avec la carte mère et le processeur avant tout achat.

  • DDR3 et DDR4 ont toutes deux 240 / 288 broches, mais les encoches diffèrent.
  • DDR4 et DDR5 ont 288 broches mais la position du détrompeur est différente.
  • Certains processeurs récents (ex. Intel 12ᵉ/13ᵉ gen) supportent DDR4 ou DDR5 selon la carte mère choisie.

📖 Caractéristiques techniques

Fréquence (MHz)

La fréquence de la RAM, exprimée en MHz, détermine le nombre de cycles d'horloge par seconde. Plus la fréquence est élevée, plus la RAM peut transférer de données par unité de temps. Attention : la fréquence effective (annoncée par les fabricants) est le double de la fréquence réelle du bus, puisque le DDR transfère sur les deux fronts du signal.

Exemple : une barrette DDR4-3200 fonctionne à une fréquence réelle de 1600 MHz, mais transfère des données à un rythme effectif de 3200 MT/s (Mega Transfers per second).

Latence CAS (CL — CAS Latency)

La latence CAS (Column Address Strobe) représente le nombre de cycles d'horloge nécessaires entre l'envoi d'une requête de lecture et la livraison effective des données. Elle est notée CL suivie d'un nombre (ex. CL16, CL18).

Un CL plus bas signifie une latence plus faible, donc des temps d'accès plus courts. Cependant, il faut mettre ce chiffre en relation avec la fréquence :

Latence réelle (en ns) = (CL / Fréquence réelle en MHz) × 1000

Exemple :

  • DDR4-3200 CL16 → latence = (16 / 1600) × 1000 = 10 ns
  • DDR4-2400 CL14 → latence = (14 / 1200) × 1000 = 11,67 ns
  • DDR5-6000 CL30 → latence = (30 / 3000) × 1000 = 10 ns

On constate que malgré un CL plus élevé, la DDR5-6000 CL30 a la même latence réelle que la DDR4-3200 CL16, grâce à sa fréquence supérieure.

Les timings complets

La latence CAS n'est qu'un des quatre timings principaux, souvent notés sous la forme CL-tRCD-tRP-tRAS :

Timing Nom complet Description
CL CAS Latency Délai entre la commande de lecture et la sortie des données
tRCD RAS to CAS Delay Délai entre l'activation d'une ligne et l'accès à une colonne
tRP Row Precharge Temps de rechargement d'une ligne avant de pouvoir en activer une autre
tRAS Row Active Time Durée minimale pendant laquelle une ligne doit rester active

Exemple de notation : DDR4-3200 CL16-18-18-36.

Bande passante et calcul du débit

La bande passante (débit théorique maximal) se calcule ainsi :

Débit (Go/s) = Fréquence effective (MHz) × Largeur du bus (octets) / 1000

Le bus mémoire standard est de 64 bits = 8 octets par canal.

Exemple pour de la DDR4-3200 en simple canal :

3200 × 8 / 1000 = 25,6 Go/s

Dual Channel / Quad Channel

Pour augmenter la bande passante, les contrôleurs mémoire modernes supportent des modes multi-canaux :

Mode Nombre de canaux Largeur totale du bus Multiplicateur de débit Plateforme typique
Single Channel 1 64 bits ×1 Entrée de gamme, 1 barrette
Dual Channel 2 128 bits ×2 PC grand public (2 barrettes)
Triple Channel 3 192 bits ×3 Intel Core i7 (1ère gen.)
Quad Channel 4 256 bits ×4 Serveurs, HEDT (Threadripper, Xeon)

Pour activer le Dual Channel, il faut installer deux barrettes identiques (même capacité, idéalement même modèle) dans les slots de la même couleur sur la carte mère (généralement les slots 2 et 4, notés A2 et B2). Le débit est alors doublé :

DDR4-3200 Dual Channel = 3200 × 8 × 2 / 1000 = 51,2 Go/s

📖 Form factors

Les barrettes de RAM existent dans plusieurs formats physiques, adaptés aux différents types de machines :

DIMM — Dual In-line Memory Module

Le format standard pour les ordinateurs de bureau (desktop). Les barrettes DIMM mesurent environ 133,35 mm de long. Elles se fixent verticalement sur la carte mère via des clips de rétention. Le nombre de broches varie selon la génération DDR (184 pour DDR, 240 pour DDR2/DDR3, 288 pour DDR4/DDR5).

SO-DIMM — Small Outline DIMM

Version compacte destinée aux ordinateurs portables, aux mini-PC et à certains NAS. Les barrettes SO-DIMM mesurent environ 67,6 mm de long, soit environ la moitié d'une DIMM. Elles s'insèrent à un angle de 30° puis se rabattent à plat dans leur connecteur.

RDIMM — Registered DIMM

Les RDIMM intègrent un registre tampon (register) entre le contrôleur mémoire et les puces DRAM. Ce tampon réduit la charge électrique sur le contrôleur, permettant d'installer un plus grand nombre de barrettes par canal. Elles sont utilisées dans les serveurs et supportent généralement la correction d'erreur ECC (Error-Correcting Code).

LRDIMM — Load-Reduced DIMM

Les LRDIMM vont plus loin que les RDIMM en intégrant un tampon de données (data buffer) en plus du registre. Cela permet d'atteindre des capacités encore plus élevées (jusqu'à 256 Go par barrette) tout en maintenant des performances correctes. Utilisées dans les serveurs haut de gamme et les environnements de virtualisation lourde.

ECC — Error-Correcting Code

L'ECC n'est pas un format physique mais une fonctionnalité de fiabilité. Les barrettes ECC possèdent des puces supplémentaires permettant de détecter et corriger automatiquement les erreurs de bits (erreurs de type single-bit). Elles sont indispensables pour les serveurs, les stations de travail critiques et les environnements où l'intégrité des données est primordiale. Elles nécessitent un processeur et une carte mère compatibles ECC.

Tableau comparatif des form factors

Format Longueur Usage principal ECC Capacité max typique
DIMM (UDIMM) ~133 mm PC de bureau Rarement 32 Go (DDR4), 64 Go (DDR5)
SO-DIMM ~67 mm Portables, mini-PC, NAS Parfois 32 Go (DDR4), 48 Go (DDR5)
RDIMM ~133 mm Serveurs Oui (standard) 64 Go (DDR4), 128 Go (DDR5)
LRDIMM ~133 mm Serveurs haut de gamme Oui (standard) 128 Go (DDR4), 256 Go (DDR5)

📖 Gestion de la mémoire par l'OS

Le système d'exploitation joue un rôle central dans la gestion de la mémoire physique (RAM) et son abstraction pour les applications.

Mémoire virtuelle

Chaque processus dispose de son propre espace d'adressage virtuel, indépendant de la mémoire physique réelle. Le système d'exploitation, aidé par le MMU (Memory Management Unit) du processeur, traduit les adresses virtuelles en adresses physiques. Cela permet :

  • L'isolation des processus : un processus ne peut pas accéder à la mémoire d'un autre processus.
  • La surallocation : le total de la mémoire virtuelle allouée peut dépasser la RAM physique disponible.
  • La protection mémoire : le noyau empêche les accès non autorisés.

Swap / Pagefile

Quand la RAM physique est saturée, l'OS déplace les pages mémoire les moins utilisées vers le disque dur ou le SSD. Cet espace est appelé :

  • Swap (Linux) : généralement une partition dédiée (/dev/sdaX) ou un fichier (/swapfile).
  • Pagefile (Windows) : fichier pagefile.sys situé à la racine du disque système.

Le swap est beaucoup plus lent que la RAM (facteur ×1000 pour un HDD, ×100 pour un SSD), son utilisation intensive provoque des ralentissements perceptibles (thrashing).

Pagination

La mémoire est divisée en blocs de taille fixe appelés pages (typiquement 4 Ko sous x86). La correspondance entre pages virtuelles et pages physiques (appelées frames) est gérée par une table des pages (Page Table) maintenue par le noyau et le MMU.

  • Quand une page demandée n'est pas en RAM, un défaut de page (page fault) est déclenché.
  • Le noyau charge alors la page depuis le swap ou le fichier correspondant.
  • Les Huge Pages (2 Mo ou 1 Go) réduisent la surcharge de gestion de la table des pages pour les applications consommant beaucoup de mémoire (bases de données, virtualisation).

Segmentation

La segmentation est un mécanisme plus ancien qui divise la mémoire en segments logiques (code, données, pile). Chaque segment a une adresse de base et une taille. La segmentation a été largement remplacée par la pagination dans les systèmes modernes, mais les concepts demeurent dans l'architecture x86 (registres CS, DS, SS). En mode 64 bits (long mode), la segmentation est quasiment désactivée au profit de la pagination seule.

Adressage 32 bits vs 64 bits — la limite des 4 Go

La taille de l'espace d'adressage dépend directement de la largeur du bus d'adresses :

Architecture Largeur d'adresse Espace adressable max RAM utilisable
32 bits 32 bits 2³² = 4 294 967 296 octets 4 Go maximum (souvent ~3,2 Go en pratique)
32 bits + PAE 36 bits 2³⁶ = 64 Go Jusqu'à 64 Go (support OS requis)
64 bits 48 bits (actuel) 2⁴⁸ = 256 To Jusqu'à 256 To théorique, limité par le matériel

Un système d'exploitation 32 bits ne peut adresser que 4 Go de RAM au maximum (2³² adresses). En pratique, une partie de cet espace est réservée au matériel (carte graphique, périphériques), laissant environ 3,2 à 3,5 Go de RAM utilisable. C'est pourquoi il est indispensable d'utiliser un OS 64 bits pour exploiter plus de 4 Go de RAM.

L'extension PAE (Physical Address Extension) permet aux processeurs 32 bits d'adresser jusqu'à 64 Go, mais chaque processus individuel reste limité à 4 Go.

📖 Diagnostic et outils

En tant que technicien SISR, vous devez savoir vérifier l'état et la configuration de la RAM sur un système.

Commandes Linux

free -h — Vue d'ensemble de la mémoire

Affiche la quantité de mémoire totale, utilisée, libre, partagée, en cache et le swap :

$ free -h
              total        used        free      shared  buff/cache   available
Mem:           15Gi       6,2Gi       2,1Gi       512Mi       7,1Gi       8,5Gi
Swap:         4,0Gi       128Mi       3,9Gi
  • total : RAM physique installée.
  • used : RAM effectivement utilisée par les applications.
  • buff/cache : mémoire utilisée pour les tampons et le cache disque (libérable à la demande).
  • available : mémoire réellement disponible pour de nouvelles applications (inclut le cache libérable).
  • Swap : espace d'échange sur disque.

dmidecode --type memory — Informations matérielles détaillées

Interroge le BIOS/UEFI pour afficher les caractéristiques physiques des barrettes installées (nécessite les droits root) :

$ sudo dmidecode --type memory
Memory Device
    Size: 16 GB
    Form Factor: DIMM
    Type: DDR4
    Speed: 3200 MT/s
    Manufacturer: Kingston
    Part Number: KF432C16BB1/16
    Configured Memory Speed: 3200 MT/s
    Configured Voltage: 1.2 V

Cette commande révèle le nombre de slots, les barrettes installées, leur capacité, leur type, leur vitesse configurée et la capacité maximale supportée par la carte mère.

vmstat — Statistiques mémoire en temps réel

Affiche les statistiques de mémoire virtuelle, swap, E/S et CPU à intervalles réguliers :

$ vmstat 2 5
procs -----------memory---------- ---swap-- -----io---- -system-- ------cpu-----
 r  b   swpd   free   buff  cache   si   so    bi    bo   in   cs us sy id wa st
 1  0  131072 2152480 204800 7340032  0    0     4    12  312  620  8  3 88  1  0
 0  0  131072 2148352 204800 7342080  0    0     0    28  298  588  5  2 93  0  0
  • swpd : mémoire swap utilisée (en Ko).
  • si / so : pages lues depuis / écrites vers le swap par seconde. Des valeurs élevées indiquent un manque de RAM.
  • free : mémoire libre (en Ko).

Autres commandes utiles

Commande Description
cat /proc/meminfo Informations détaillées sur la mémoire (MemTotal, MemFree, Buffers, Cached…)
lshw -class memory Liste le matériel mémoire avec détails (similaire à dmidecode)
top / htop Moniteur de processus avec utilisation mémoire par processus
swapon --show Affiche les espaces de swap actifs et leur utilisation
dmesg | grep -i memory Messages du noyau liés à la mémoire au démarrage

Outils Windows

Gestionnaire de tâches

Accessible via Ctrl + Maj + Échap, l'onglet Performances → Mémoire affiche :

  • La quantité de RAM totale, utilisée et disponible.
  • La vitesse de la mémoire (fréquence).
  • Le nombre de slots utilisés et leur form factor.
  • La mémoire mise en cache et le pool paginé / non paginé.

Moniteur de ressources

Accessible depuis le Gestionnaire de tâches ou via resmon.exe, il offre une vue plus détaillée de l'utilisation mémoire par processus, avec la mémoire validée, le jeu de travail (Working Set) et la mémoire partageable.

Commandes PowerShell

# Informations sur les barrettes installées
Get-CimInstance Win32_PhysicalMemory | Format-Table Manufacturer, Capacity, Speed, MemoryType

# Mémoire totale et disponible
Get-CimInstance Win32_OperatingSystem | Select TotalVisibleMemorySize, FreePhysicalMemory

Memtest86+

Memtest86+ est un outil de diagnostic mémoire bootable (il se lance avant le système d'exploitation, depuis une clé USB ou un CD). Il effectue une batterie de tests exhaustifs sur la RAM pour détecter les erreurs matérielles :

  • Tests de patterns (écriture/lecture de motifs variés sur toute la mémoire).
  • Tests de déplacement (vérification que les données ne « migrent » pas entre cellules).
  • Tests de stress (accès intensifs pour détecter les erreurs intermittentes).

Il est recommandé de laisser tourner Memtest86+ pendant au moins 2 passes complètes (environ 1 à 2 heures selon la quantité de RAM). Si des erreurs sont détectées, la barrette défectueuse doit être remplacée.

📖 Dimensionnement

Le choix de la quantité et du type de RAM dépend de l'usage prévu. Voici les recommandations typiques :

Combien de RAM pour quel usage ?

Usage RAM recommandée Justification
Bureautique légère (navigation, traitement de texte) 8 Go Suffisant pour un navigateur avec quelques onglets et des applications Office
Bureautique avancée / développement 16 Go IDE, navigateur avec nombreux onglets, Docker léger, compilation
Création multimédia (vidéo, 3D, CAO) 32 – 64 Go Montage 4K, rendu 3D, gros fichiers Photoshop/After Effects
Serveur web / applicatif léger 16 – 32 Go Apache/Nginx, bases de données légères, serveur mail
Serveur de base de données 64 – 256 Go Les SGBD (MySQL, PostgreSQL, SQL Server) utilisent la RAM comme cache intensif
Serveur de virtualisation (VMware, Proxmox, Hyper-V) 128 – 512 Go+ Chaque VM nécessite sa propre allocation de RAM ; il faut prévoir la somme + overhead de l'hyperviseur
Poste de travail étudiant BTS SIO 16 Go minimum Virtualisation locale (VirtualBox/VMware), lab réseau, développement

Bonnes pratiques (best practices)

  • Toujours installer les barrettes par paires identiques pour activer le Dual Channel (même capacité, même fréquence, même fabricant idéalement).
  • Vérifier la compatibilité avec la carte mère (génération DDR, fréquence maximale supportée, capacité maximale par slot et au total) via le site du fabricant ou des outils comme Crucial System Scanner.
  • Prévoir une marge : dimensionner à 1,5× – 2× le besoin estimé pour anticiper la croissance des usages.
  • Privilégier la fréquence élevée avec une latence CAS raisonnable : une DDR4-3600 CL18 est souvent un excellent compromis qualité/prix.
  • Activer le profil XMP/EXPO dans le BIOS/UEFI pour que la RAM fonctionne à sa fréquence nominale (par défaut, elle peut tourner à une fréquence JEDEC inférieure).
  • Pour les serveurs : choisir de la RAM ECC (RDIMM ou LRDIMM) pour garantir l'intégrité des données. Équilibrer les barrettes entre tous les canaux mémoire.
  • Surveiller l'utilisation : une utilisation constante au-dessus de 80 % de la RAM indique qu'un ajout est nécessaire. L'utilisation intensive du swap est un signal d'alerte.
  • Pour la virtualisation : compter la RAM nécessaire pour chaque VM + 10 à 15 % d'overhead pour l'hyperviseur. Considérer le memory ballooning et le overcommit avec prudence.

Règle de calcul pour la virtualisation

Formule de dimensionnement :

RAM totale serveur = (Σ RAM de chaque VM) + RAM de l'hyperviseur + marge de 15 %

Exemple : 4 VMs de 8 Go + 1 VM de 16 Go + hyperviseur (4 Go) :

(4 × 8 + 16 + 4) × 1,15 = (32 + 16 + 4) × 1,15 = 52 × 1,15 ≈ 60 Go

→ Prévoir un serveur avec au moins 64 Go de RAM ECC.

📝 QCM — Testez vos connaissances

  1. La RAM est-elle volatile ou non-volatile ?
  2. Quelle est la différence entre DRAM et SRAM ?
  3. Quel type de RAM est utilisé dans les serveurs pour la correction d'erreurs ?
  4. Que signifie DDR ?
  5. Quelle commande Linux affiche l'utilisation de la RAM ?
  6. Que se passe-t-il quand la RAM est pleine ?
  7. Quel est le form factor RAM pour les laptops ?
  8. Quel mode augmente la bande passante mémoire en utilisant 2 barrettes ?
📝 Afficher les corrections
  1. Volatile — Les données en RAM sont perdues dès que l'alimentation est coupée.
  2. La DRAM utilise des condensateurs, la SRAM des bascules — La DRAM doit être rafraîchie périodiquement, la SRAM est plus rapide mais plus coûteuse (utilisée en cache CPU).
  3. RAM ECC — La mémoire ECC (Error Correcting Code) détecte et corrige les erreurs de bits, essentielle en environnement serveur.
  4. Double Data Rate — La DDR transfère des données sur les deux fronts du signal d'horloge (montant et descendant).
  5. free -h — La commande free -h affiche la mémoire totale, utilisée, libre et le swap en format lisible.
  6. L'OS utilise le swap (mémoire virtuelle sur disque) — Le swap est une zone du disque utilisée comme extension de la RAM, mais beaucoup plus lente.
  7. SO-DIMM — Les SO-DIMM sont des barrettes compactes utilisées dans les ordinateurs portables.
  8. Dual Channel — Le Dual Channel double la bande passante en utilisant deux barrettes sur deux canaux simultanés.
💡 À retenir

La RAM est la mémoire de travail volatile du système : rapide, mais vidée à chaque extinction. Elle utilise la technologie DRAM (condensateur + transistor), contrairement au cache CPU qui repose sur la SRAM (bascules). Les générations DDR (DDR à DDR5) ne sont pas intercompatibles — chaque génération apporte plus de débit et une consommation réduite. Pour dimensionner la RAM, il faut considérer l'usage (bureautique → 8 Go, serveur de virtualisation → 128 Go+), installer les barrettes par paires en Dual Channel, choisir le bon form factor (DIMM, SO-DIMM, RDIMM) et vérifier la compatibilité avec la carte mère. Enfin, un OS 64 bits est indispensable pour exploiter plus de 4 Go de RAM.

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